Est-ce qu'aimer, c'est avoir le choix ? C'est une vraie interrogation que je veux soulever... J'ai l'impression que les gens se sentent aimés uniquement si l'autre a le choix de les détester. J'ai l'impression que ce que l'humain veut avant tout, ce n'est pas être chéri, protégé, apprécié, mais avant toute chose être préféré. Comme si ce qui comptait plus que d'avoir un objet, c'était que l'autre ne l'ait pas. Cela rend ce bien encore plus précieux, encore plus rare à tes yeux. De manière tout à fait mesquine, on tend à désirer le malheur de l'autre plutôt que d'accroître le sien.
J'en viens à cette conclusion parce que ce soir je me sens seul. J'ai tout à fait l'impression de ne pas comprendre lorsque des gens très chers à mes yeux ne veulent pas venant de moi que je sois obligé de les aimer. C'est un sujet qui prête à controverse, je l'admets, et cette phrase sonne un peu sèche. "Obligé d'aimer", vraiment ? Laissez-moi m'expliquer.
Avant toute chose, je pense qu'obliger qui que ce soit à aimer quelque chose ou quelqu'un est non seulement impossible, mais mène aussi souvent à des relations très toxiques. Je suis obligé d'aimer ma famille, je le ressens ainsi. Personne ne m'oblige à l'aimer, cela dit. Je ne suis pas forcé, mais c'est une forme d'obligation dans le sens historique du terme. Toute relation est un échange, une forme d'équilibre et de réciprocité. J'ai grandi au sein de ma famille, j'ai évolué au sein de celle-ci avec la chance de savoir que je serai choyé quoi que je décide de devenir. Un grand dilemme est celui de savoir si les parents d'un violeur ou d'un meurtrier l'aiment réellement malgré ses actes. J'ai eu la chance dans ma vie de ne pas me poser cette question.
J'ai reçu beaucoup de choses de ma famille. L'immense majorité des gens qui liront ces lignes en diront certainement autant. Et je partage aujourd'hui la certitude que ce n'est qu'équilibre que d'y rester attaché. Je ne lui dois cependant rien, bien évidemment. La famille n'est pas un devoir, ni même une contrainte. Mais il y a, comme en chaque relation, une obligation morale à l'entretien d'un lien fort. Certains seront capables de ne plus parler à certains membres de leur famille, parfois pour le pire, parfois pour le meilleur. Mais j'ai la forte conviction que toutes ces personnes finissent un jour ou l'autre, un soir, seules dans leur lit, à repenser à leurs proches. Et qui sait si des regrets ne naîtront pas ?
C'est pour toutes ces raisons que je suis obligé d'aimer. Outre cette obligation morale, je crois qu'il y a plus généralement une obligation vitale d'aimer. Si ce ne sont pas les personnes, alors des activités ou des passions. L'homme ne vit que quand il aime finalement. Les scientifiques appelleront ça dopamine ou sérotonine, mais je crois que cette sensation globale que l'on pourrait assimiler à de l'amour représente bien l'essence de l'humain.
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