C'était une petite ville pas vraiment connue. Dans un des cafés, au coin de la rue la plus fréquentée, à la devanture sobre mais coquette, on semblait saisir le temps d'un instant l'étendue de la nostalgie de ses habitants. Ici déjà, deux hommes jouaient aux cartes alors que sur le trottoir voisin, une femme marchait d'un pas ferme. Tantôt nous pouvions saisir un éclat de rire, tantôt les sanglots d'un enfant se refusant à obéir à ses parents. C'était une rue calme mais vivante. Dans ce café, tapi au fond de la boutique, une silhouette scrutait attentivement la scène, les sens aux aguets. Ses deux yeux jaune verdâtre s'attardaient sur des détails imperceptibles. Il avait un air de fouine dans son anorak noir, ses grandes chaussures noires et sa tenue des plus déplorables dans la maigre chaise qui le supportait.
Soudain, un serveur surgit de derrière le comptoir, une tasse à la main. Il traverse à grande enjambées les quelques mètres qui le sépare du client en prenant grand soin de ne pas renverser le liquide qui lèche dangereusement le rebord de la tasse. Il dépose, d'une main trop lâche au goût de l'homme assis, le café sur la petite table en bois, salut poliment le client avant de s'éclipser. Celui-ci semble se détendre désormais et pose la paume de sa main contre l'objet trop chaud qui venait de lui être servi. Il ne s'essaie pas à le boire, c'est un habitué de ce petit café du coin de sa rue et ne connaît que trop bien la douleur provoqué par le contact de la boisson brûlante sur sa langue. Il se met à son aise et tourne son regard vers le comptoir. Quelques grands tabourets habille le sol, bien que l'endroit demeure sobre, des néons au plafond éclaire faiblement la pièce et le barman s'applique à nettoyer les mêmes verres pour la énième fois de l'après midi alors que le serveur s'empresse d’accueillir deux nouveaux clients qui entrent dans le café. Sur le mur, deux faibles tableaux détonnent avec l'ensemble des écrans qui diffusent en continues la même image de bout en bout de la boutique. Les images aux couleurs sobres n'éclairent que très peu, n'aidant pas vraiment les néons à embellir l'endroit.
Sur le mur à sa droite, l'homme remarque un calendrier annonçant la date du jour: 23 septembre 2210. Après quelques hésitation, il se décide à tremper ses lèvres dans le café. Il grimace de douleur et dégluti péniblement. Une publicité sur l'écran à coté de lui affiche subitement l'image d'une plage de sable fin, dévoilant un peu de son visage. Des traits tirés, des cheveux mi-long, une partie de la mâchoire faites de métal et de grosses cernes marquant son visage comme deux gouffres s’enfonçant dans la terre laissent percevoir toute la fragilité du personnage. Il est maintenant possible de discerner la carrure élancé de celui-ci. C'est un jeune homme blond, au membres long et à la carrure filiforme. Il porte un pantalon et un anorak bouffant, comme pour cacher sa musculature absente. Ses lèvres fines semblent être les survivantes d'une guerre contre le sommeil ayant marqué son visage à tout jamais. Tout en s'accoudant à la table, il dévoile un bras métallique à l'image du bas de sa joue, mais possédant un ensemble de lumières rouges et un petit écran noir accompagné d'une surface métallique blanche et rayé de part en part. Il porte délicatement sa tasse à la bouche, de sa main encore valide, et commence à boire à petite gorgée alors que de la vapeur émanait encore du récipient. Le contenu se vide petit à petit sans que jamais il ne ferme les yeux. Il repose l'objet d'un geste brusque, comme satisfait. Après quelques minutes à dévisager les inconnus se pressant dans la grande rue passante, il se lève, repousse la chaise et s'en va d'un pas ferme. On peut le voir déambuler, ses deux bras bâtant dans le vide, d'un pas soutenus, sous les derniers éclats du soleil couchant de la ville.
Il tourne à droite puis longe un bâtiment aux innombrables fenêtres, toutes plus petites les unes que les autres. Certaines, ouvertes, émettent une douce odeur de fumée froide. Il aime bien cette odeur, malgré ses toussotements rauques. Il tourne une ultime fois à l'angle de la rue, juste après une échoppe à la devanture mystérieuse et commence à descendre une rue plus exiguë. Le goudron lisse laisse place à des pavés moins réguliers et le soleil semble de ne plus être admit dans cette partie là du quartier. La route s'assombrit à mesure qu'il avance, chaque pas faisant un peu plus disparaître les rayons du soleil peinant déjà à réchauffer la ville. L'homme s'engouffre alors dans un bâtiment possédant deux grandes portes battantes. La musique, bien que lointaine, s'entend depuis l’extérieur de l'endroit alors qu'une lumière jaune pâle s'échappe de l'entrée. Il pénètre un hall sombre dans lequel se trouve trois hommes et une femme. Les murs sont sales et l'air est chargé d'une odeur que l'on devinerait provenir de fluide corporel. Un des hommes est assis à même le sol, un sourire béant sur le visage, immobile, la tête tourné vers le plafond, le dos droit plaqué contre le mur et les bras rabattus sur ses genoux. Le deuxième homme se tient aux cotés de la femme. Elle semble avoir une décennie de moins et ses yeux sont vide, tout comme lui. Le couple est affalé contre le mur, les deux ayant ôté leurs tee-shirt, et suant à grosse goutte. Le dernier homme en revanche, a le visage fermé et une carrure athlétique. Son crâne chauve et ses bras nus dévoilent des muscles saillant. Il est assis sur une chaise dans le coin de la pièce situé à coté de l'entrée si bien qu'il serait impossible de deviner sa présence lorsque l'on pénétré l'endroit. Il se tourne vers le nouvel arrivant et lui jette un regard entendu. Ce dernier se contente de lui répondre d'un hochement de tête, et avance vers le fond de la pièce ou se trouve ce que l'on devine être un ascenseur. Il se pose en face de celui ci est presse un bouton ouvrant les portes de la cabine dans un crissement sourd. La chevelure blonde rentre doucement dans la cabine qui semble bien étroite malgré son maigre gabarit. Il se tourne vers l'entrée, fixant le colosse qui déjà s'était replongé dans ses pensées, fixant le mur en face de lui. Les portes se refermèrent doucement et la boîte métallique s'enfonça méthodiquement dans les entrailles de la terre...
A suivre...
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