Des fois je me dis que j'ai pas passe ma vie comme j'aurai du. J'ai pas eu mes peines de coeur, adolescent, mes engueulades avec des potes parce qu'il avait vomis sur le tapis, mais blagues grasses parce qu'"elle est trop bonne cette meuf". Moi, j'ai tout de suite voulu la vie d'adulte. Et le pire ? C'est que je l'ai eu. Je me retourne sur mes annees d'etudes, mes annees de lycee, mes annees de college, et je vois des problemes trop grands pour moi, encore aujourd'hui. Je vois des rendez vous chez la psychologue pour bien attester que "je suis pas a ma place ici". Comme si j'avais besoin qu'on me l'ecrive. C'est d'ailleurs pas a moi qu'on l'a ecrit. Je vois toute cette incomprehension et ce mal-etre sur le banc de l'ecole. Je vois mes conneries emotionelle, celle que j'ai faites "pour faire grand". Pour me sentir grand plus exactement. Je vois ma mere qui me dit "c'est tot quand meme 16 ans pour partir de la maison", et puis je me vois, moi, tout fier de lui repondre que c'est tout ce que je souhaite. Ca l'etait je crois. Mais je me vois aussi, seul, dans cette grande chambre un peu trop etudiante, la porte qui se ferme, les pas de mon pere dans le couloir, et moi, qui me demande ce que je souhaite maintenant. Je vois chaque desillusion, l'une apres l'autre, de cette vie d'adulte qui empiette constamment sur ma vie d'adolescent. Elles sont ou les soirees ou je me mets une grosse caisse pour montrer a tout le monde que c'est moi le plus fort ? Celle ou on va crever les pneus d'une bagnole au pif pour se sentir exister, ou on finis par se faire choper par les flics et c'est mon pere qui vient me recuperer, le regard decu ?
Alors ouais, mes parents ont surement du se poser des questions, se demander si il y avait mieux a faire vis a vis de moi. Mais comment elever un adolescent quand il n'existe pas ? Quand tout ce qu'on a, c'est des bribes d'enfant et des bribes d'adulte ? Moi je regardais de haut les gros cons au college qui bombait le torse apres avoir rouler un pelle a une fille pas terrible. Puis je pleurais le soir, quand je n'etais pas foutu de me caller sur le rythme des cours, que la fatigue m'empoisnait la vie, que c'etais impossible pour moi de paraitre normal aupres de n'importe quel fille (sans parler meme d'etre "cool" ou "sexy"). Je meprisais les mecs du lycee qui se vantais d'avoir reussi a passer la mains sous le T-shirt de telle fille en essayant de deviner la taille de bonnet de la prof de maths. Puis je tremblait quand il s'agissait de mes propres experiences, que je gardais exclusivement pour moi parce que "les autres, ils peuvent pas comprendre", jusqu'a m'enterrer dans mes propres conneris de "faire comme les grands" et me retrouver en pleure au fond de mon lit. Je meprisais pendant longtemps les couples "pas assez solide" qui de toute facon "ne meneront a rien" et qui, selon ma tres grande expertise, se mettent des batons dans les roues, parce que c'est bien connu que lui ne sait pas exprimer ses sentiments et que elle, elle est pas capable de gerer les siens. Moi, je n'en parlerais pas de mes sentiments, je suis assez grand pour les gerer de toute facon, et puis ca ne regarde personne et c'est bien mieux comme ca de toute facon, parce que tout le monde s'en fout et le monde est injuste. C'est jamais moi le probleme: je m'adapte juste a l'injustice du monde, a mon anormalite de toute maniere.
Et puis on souffre, encore et encore, et on repete ses erreurs, encore et encore. Pas parce que l'on apprend pas, on essaie meme pas d'apprendre en fait. C'est plus confortable de tout mettre sous le tapis, c'est moins douloureux aussi. Et puis un jour, le tapis prend toute la piece, on s'asphyxie. Et puis on change de piece, on ferme la porte a cle, et on se dit qu'on est grand et fort, qu'on s'en sort bien mieux que tout ces mecs qui eux, ne sont pas capable de les gerer, leurs putains de sentiments.
Moi je n'ai jamais ete adolescent, sinon en mon fort interieur. J'ai eu toute l'adolescence du monde dans mon coeur: les papillons dans le ventre lors de ma premiere relation, la pression du premier date, la joie des premieres soiree, l'excitation de la liberte, la jouissance de l'independance. Mais malgres tout cela, je me suis toujours refuse a etre con, a laisser tout cela deborder, a faire les conneries habituelles des collegiens, lyceens, adolescents, a rire comme un con avec des potes en se demandant lequel de nous va dire la plus grosse connerie pendant le prochain cours, a me faire virer du cours parce que le prof est un gros con et que j'ai pas peur de lui dire, a exposer une vie sexuelle ideale, fantasme, parfaite en somme. J'aurai voulu etre adolescent un peu plus a l'exterieur je crois, ca aurait pu compenser toutes les conneries que j'ai pu faire a l'interieur, assis sur ce gros tapis que j'ai toujours trouve gonflant...
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