Confiance

publié le 10/06/2023 02:00

" Ne faîtes pas confiance à quelqu'un qui ne fait confiance à personne "

Arturoo Grad

Je ne sais pas vraiment si la confiance est quelque chose d'inné. L'enfant par définition n'a pas le choix que de faire confiance à ses parents n'est ce pas ? Est ce que l'on peut, dès lors appeler cela de la confiance ? Je ne crois pas que l'enfant ait réellement confiance en ses parents. Lorsqu'il s'agit de survivre, l'être humain sait faire confiance. Mais la confiance ne peut exister lorsque l'autre a une emprise, ou un pouvoir sur soi, comme dans le cas du nouveau né. La confiance, il me semble, se situe lorsque deux êtres se mettent d'accord réciproquement pour "offrir leur vulnérabilité". Je ne saurai dire donner une définition exacte de la confiance. Elle me semble tellement troublée. Ce dont je suis certain, c'est que la confiance peut mener à la douleur tout comme elle peut mener à des moments formidables. J'ai longtemps eu peur, et même maintenant, d'accorder ma confiance. J'ai cette peur viscérale et fondamentale d'altérer l'autre, ou moi-même. Surtout moi même en fait. Je sais combien les mots peuvent être puissant, je sais combien les mots changent les gens parfois. J'ai fondamentalement peur, je suis complètement tétanisé à l'idée de faire confiance, de m'ouvrir. Ce n'est pas contre les autres je crois, malgré ce que je peux laisser transparaître parfois. Je crois que j'ai juste peur de transformer un peu de l'autre en moi. J'ai tellement mieux à offrir aux autres je crois. Je suis un de ces hommes qui ne flanchent pas, ou très peu. Mais la vérité, c'est que je ne sais pas flancher, ou en tout cas pas bien.

Je ne sais pas être sincère, sans contrôle. Je ne sais plus être moi sans pleurer. Je ne sais pas me connecter tout simplement à mes sentiments. C'est un travail que je fais la nuit, ou le soir sur ce blog parfois. Plus rarement et depuis peu, avec d'autres, exceptionnellement. Je sais combien ces mécanismes peuvent être déséquilibrés et j'en ai beaucoup souffert. J'ai sûrement dû repousser au pire, porté le masque du petit sourire en coin, dans le pire des cas, lorsque l'on me demandait de manière assez innocente cette fameuse question: "ça va ?". Comme si j'étais capable de répondre à cela. Je suis constamment dans le contrôle, ce n'est pas nouveau sur ce blog. Je contrôle ce que je dis, ce que je fais, ce que je me laisse ressentir et ce que je me permet de dire à l'autre, de transmettre aussi. Je crois que je ne souhaite malheureusement pas à qui que ce soit d'être dans l'instabilité émotionnelle que je traverse actuellement. J'ai la chance, ou la malédiction, d'avoir toujours été cette enfant en retrait, qui écoute plus qu'il ne parlait. Je me souviens assez bien du moment du divorce de mes parents; lorsque je revenais de chez ma mère vers chez mon père et réciproquement. Accompagné de mes deux sœurs, les mots que l'on échangés avec le parent chez qui l'on venait d'arriver se déversaient comme des torrents, chacun assumant un peu de sa frustration. J'étais celui qui me contentais d'un "ca va", celui qui ne creusait pas tant que l'autre ne venait pas me chercher, et là encore, je ne donnais pas grand chose...

J'ai eu peur longtemps, et de manière amoindri récemment, des autres, des inconnus, des connaissances de connaissance, des personnes que je côtoie sans apprécier, que je peux croiser ou rencontrer sans vraiment m'intéresser et par conséquent, sans leur faire véritablement confiance. Ces personnes là sont parfois, les plus grands confidents de mes amis proches, de ma famille ou de mon entourage plus généralement. Je me sentais terriblement anormal, terriblement seul et atypique dans ma manière de communiquer, ma manière de faire et de penser. Alors je prenais mon masque d'enfant mystérieux, d'ado secret et d'homme penseur, et je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour ne pas laisser transparaître combien j'étais différent, combien je me sentais différent. Tellement d'effort et d'énergie à ne pas être démasqué ! Et vous savez quoi ? J'ai réussi je crois. J'ai réussi à ce que tout le monde me pense légèrement à la marge mais loin de l'être dangereux que je pouvais avoir en tête. Loin de l'homme qui pourrait faire mal. Un ami m'a dit un jour une phrase qui m'a marqué. " Tu as tellement le potentiel d'être un fils de pute ! ". J'ai gardé la tête froide et l'ai interrogé sur tout ça, mais cette personne m'a troublé. Elle a su lire cette part de moi qui se sentait dangereux. Cela n'avait rien de méchant, ni d'accusateur. C'était juste son ressenti, purement et simplement. J'avais passé une longue nuit à parler avec la personne, et elle a réussi à voir chez moi un peu plus que ce que j'avais souhaité à ce moment-là. D'autres proches ont par la suite approuvé cette citation. J'ai récemment pu avoir un échange très intéressant avec quelqu'un qui me connaît très bien, me disant que je n'étais pas forcément dangereux: " Tu as simplement plus d'outils que les autres ". Voilà, j'ai plus d'outils effectivement. Mais donnez une kalachnikov à un enfant et un pistolet à bille à un autre: je veux bien voir le résultat ! Alors oui, je sais que je peux faire mal, je sais que je ne maitrise pas bien tous les outils à ma disposition, je sais que je suis imparfait, je sais que c'est compliqué, mais je veux faire confiance.

Je me suis rendu compte récemment, lors de ce même échange, que j'avais aussi une partie de moi qui avait peur de changer l'autre. Je sais combien je peux être imparfait, alors je ne veux pas donner de cette imperfection à qui que ce soit, ou en tout cas je ne le voulais pas. Lorsque l'on tend vers la perfection, on a l'impression de toujours être dans le bien, sur la bonne voie. Quelle erreur ! La voie de la perfection n'est pas la voie du bonheur mais celle de la dissimulation, je le sais maintenant. J'ai voulu être parfait, j'ai tout fait pour. Je n'ai finalement réussi qu'à masquer mes vulnérabilité et me convaincre que je faisais ce qu'il fallait, seul. L'être parfait est un être seul, j'en suis intimement convaincu. Vouloir être parfait, c'est se refuser à faillir, c'est se savoir imparfait sans jamais pouvoir le montrer. J'ai vu tellement d'imperfections autour de moi, tellement de gens souffrir de leurs émotions. Comment peut-on vivre sans souffrir de cette manière ? Ma réponse était toute trouvée: couper tout lien à ses émotions. Je croyais que dans ce genre de circonstance, si j'étais tout en contrôle sur moi même, si je faisais toujours les choses en accord avec mes pensées, mes convictions, je saurai éviter ces douleurs. Mais personne ne m'avait dit que lorsque l'on ne ressent pas, on souffre sans même le savoir. J'aime beaucoup cette phrase qui m'est venue une fois.

" Les larmes qui ne coulent pas sont les plus douloureuses "

Plume de Minuit

C'est tellement plus simple de ne pas ressentir, mais ce n'est pas durable. Et me voilà aujourd'hui, à ne pas savoir faire confiance, effrayé de tout, et surtout de moi. J'ai tellement appris à ne pas reproduire les schémas que je voyais, à ne pas refaire les mêmes erreurs que celles que je constatais, que je n'ai pas su faire les miennes, que je n'ai pas su échouer. Il s'agit paradoxalement de mon plus gros échec, mon plus gros manque et ma plus grande souffrance. Lors d'une discussion, j'ai réussi à me lâcher, j'ai su être moi le temps d'une minute ou deux peut-être. L'enfant au fond de moi a pu ressurgir, et tout ce qu'il a su faire, c'était pleurer. J'ai encore beaucoup de chemin avant d'apprendre à l'aimer, mais à défaut de pouvoir aujourd'hui, je le laisse pleurer un maximum. On me disait que ces larmes étaient celles qui n'ont pas pu couler quand j'avais 4 ans. Je me surprend à repenser à mon passé, à songer à tout ce que l'on a pu me dire sur combien il a pu être compliqué, et ne jamais partager cet avis. Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que cet enfant à traverser. Peut-être aujourd'hui essaie-t-il encore de me dire au creux de l'oreille tout ce qu'il a pu ressentir... L'adulte que je vais devenir a du chemin à faire, c'est certain. Je laisse mes larmes couler en attendant. J'ai reçu ces derniers mois les plus beaux cadeau que la vie pouvait me faire:

  • Une preuve que j'étais vulnérable, que l'autre était capable de me surprendre et de m'atteindre, avec des mots que j'attendais depuis sûrement trop longtemps. Ce genre de mots qui peuvent te passer par la tête mais ne franchiront jamais la barrière de tes lèvres. Lorsque l'autre a réussi à voir ces mots et me les a dit, l'enfant a fait surface malgré moi. Un tsunami qui ravage tout sur son passage. Je me suis contenté de me rouler en boule et de pleurer, pleurer, pleurer encore et vidanger mon corps. Des larmes libératrices. Je n'ai surement pas encore su remercier cette personne à la hauteur de ce qu'elle a pu m'offrir ce jour-là.
  • Une preuve que j'étais imparfait, que j'étais faillible et que j'avais fait et je ferai surement du mal à mon entourage, malgré moi. Mais surtout une preuve, que je n'explique toujours pas, que c'était ok d'être imparfait. Je ne comprend toujours pas ce qu'il a pu se passer, tout comme je ne comprend pas mes émotions. Je sais mes imperfections, je sais combien j'ai pu échouer à jour l'homme parfait, mais j'ai systématiquement essayé de prendre l'option de fuir cet être qui se sait faillible. Je ne comprends aujourd'hui toujours pas comment l'autre peut accepter cet homme malgré tout ce qu'il peut avoir comme défaut. Je ne sais pas comment appréhender cela mais je ressens une vraie gratitude à l'égard de cet autre.
  • Une preuve que je n'étais pas seul, que d'autres ont pu traverser des moments similaires. Ou en tout cas, une preuve que je peux être compris, mais surtout entendu et pas juger dans ce que je peux dire sur moi, lorsque c'est l'enfant qui s'exprime, lorsque je ne peux pas mentir. Une preuve d'amour en quelque sorte. C'est toujours douloureux, mais ça fait du bien de se dire que c'est possible. C'est un beau cadeau que cet autre a pu me faire de laisser simplement parler en m'écoutant un peu. Laisser le tsunami s'écraser, laisser l'enfant ressurgir et laisser ses bras s'étreindre. Je sais que tu liras ce texte, j'espère un jour que mes bras t'accueilleront comme tu as su m'accueillir.

C'est finalement plein de failles et d'incohérence que j'essaie de conclure ce post, mais aussi plein d'espoir et de volonté. Je n'ai pas ressenti beaucoup, en comparaison des autres, mais je crois que j'ai appris à aimer au cours de ma vie. C'est quelque chose de suffisamment précieux pour me permettre de me débattre avec mes armures.

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